Biographie de Jimi Hendrix

"Qui est donc cet homme à la fois timide et déchaîné, ce génie créatif, ce dieu de la guitare?"

Johnny Allen Hendrix, renommé James Marshall par son père, est né le 27 novembre 1942 à Seattle, parents d’origine modeste, alcooliques et qui se disputaient fréquemment. La famille se sépare à la suite de l’abandon de son plus jeune frère handicapé.
A 11 ou 12 ans, Jimi Hendrix est passionné par les étoiles et la science fiction. Les films de science-fiction et leur musique soulignant l'étrange l'inspireront dans sa recherche sonore. Il est aussi fasciné par l'astrologie comme une partie de sa famille qui parlait d'expériences extra-corporelles, entre autres.

A 15 ans, il écoute Buddy Holly, Chuck Berry, Muddy Waters, Robert Johnson, Little Richard, Jerry Lee Lewis et Elvis Presleyqu'il adore et qu'il voit en concert à Seattle.
C’est à ce moment que sa mère meurt et comme son père s’occupe peu de lui, Jimi ne s’intéresse plus qu’à la guitare qu'il lui a donnée. Il se fait alors une nouvelle famille dans la musique et traîne dans les rues de Central District à Seattle, quartier de Bruce Lee et de Quincy Jones. Il jouait alors tout ce qu'on lui demandait, très fort.
Il aime la musique country, notamment Bob Dylan, et joue le plus souvent possible. Il dort même avec sa guitare et en joue dès qu'il se réveille.
Rien d'étonnant à ce qu'il devienne un maître dans l'art de la guitare et déjà, sa façon de tenir sa guitare qui montait et descendait étonnait le public.
A partir de 1963-64, il tourne avec les plus grands noms du R n' B: The Isley Brothers, Wilson Pickett ou encoreLittle Richard avec lequel il joue environ 6 mois, puis avec Ike et Tina Turner, avant de fonder son
premier groupe "Jimmy James & The Blue Flames", qui en fait rassemble des musiciens de passage, excepté Randy Wolf, un autre guitariste, qui joue souvent avec un "bottleneck". C'est à cette époque qu'il écrit des textes comme "Are you Experienced" et la majeure partie de son album vient de là.

Habillé d’une large chemise calypso et d’un pantalon psychédélique à pattes d'éléphant et rayé, il joue au "Café  Wha" à New York où il s’est installé.
Il invente un nouveau genre musical en mélangeant le rock n' roll des pionniers et le R n' B et en ajoutant un peu de psychédélisme; c’est là que le producteur Chas Chandler le remarque grâce à son interprétation de "Hey Joe" et il lui offre de venir en Angleterre en septembre 1966.
 

En quelques semaines, Chas Chandler transforme Jimi Hendrix en artiste de haut niveau. Il le fait jouer dans différents clubs, le présente aux Labels, et ça marche parce que Hendrix est unique. Les stars anglaises de l'époque sont aussi épatées (Brian Jones et Keith, puis McCartney, Eric Clapton).
Tout à coup, Hendrix est accepté et reconnu des gens de la profession. Etre noir et accepté avec ce style novateur ne serait pas arrivé de la même façon aux Etats-Unis à la même époque. Les Anglais se l'approprient d'autant que le blues est alors important en Angleterre, et les jeunes blancs (Rolling Stones) s'étaient emparés du blues du delta du Mississippi, de Chicago et l'avaient
transformé. Jimi, comme un messager,  permettait donc de passer à l'étape suivante. C'est pour cela que des artistes comme Clapton ou Mick Jagger ont été sidérés en entendant ce musicien noir qui jouait mieux qu'eux.

En octobre 1966, on ne parle plus que de Hendrix à Londres. Il doit donc avoir un groupe et on cherche des musiciens pour former un trio rock: "The Jimi Hendrix Experience" avec Mitch Mitchell, batteur, et Noel Redding, bassiste et une semaine après, ils passent à l'Olympia à Paris, avec seulement 4 heures de répétition. 

Après une tournée réussie en Europe, le "Jimi Hendrix Expérience" vise beaucoup plus haut: l'Amérique avec le festival pop de Monterey. Dès lors, la vie du groupe est partagée entre les USA et l'Europe. En février 1968, il a vendu plus d'un million d'albums dans le monde. Jimi fait enfin parler de lui.

A cette époque, le monde change et les USA sont agités: assassinat de Martin Luther King, de Robert Kennedy, émeute policière de Chicago, et pratiquement toute l'Amérique urbaine est en feu.
Les relations au sein du groupe sont de plus en plus tendues par le comportement imprévisible de Jimi, et le départ de Chas Chandler, le stress des tournées et des enregistrements finissent par peser sur l'équilibre et la créativité de Jimi, d'autant qu'il trouve alors des moyens de s'échapper: des acides pour s'ouvrir l'esprit, de l'héroïne pour atténuer la douleur, échapper au stress.

En 1969, une nouvelle forme musicale naît, un mélange de jazz et de rock, appelé fusion et Jimi Hendrix joue avec les virtuoses du genre parmi lesquels le trompettiste Miles Davis, ou encore Roland Kirk, le saxophoniste incroyablement doué (il jouait de 3 saxophones en même temps). Découvrir une telle maîtrise musicale a transformé Jimi.

En août 1969, il participe en tête d'affiche à Woodstock, festival phare de la contre-culture des années 60, où il joue au petit matin, alors que les USA sont en guerre contre le Vietnam, une interprétation de l'hymne américain qui marquera les esprits tout en faisant scandale.

 

 

En 1970, dernière phase de sa carrière musicale, Jimi fonde un nouveau groupe afro-américain, le "Band of Gypsies" avec le bassiste Billy Cox, ancien copain de régiment, et le batteur Buddy Miles, mais l’initiative tourne court.

Il revient à New York enregistrer dans son propre studio « Electric Lady », où il met en boîte ses derniers morceaux, rassemblés sur les disques posthumes.C'est avec un trio recomposé de Mitch Mitchell et Billy Cox qu'il joue au festival de l'île de Wight en août 1970. 

 

Malheureusement en proie à des difficultés juridiques et financières, Jimi se montre de plus en plus désabusé. Lorsqu'on lui demande une dédicace, Jimi Hendrix écrit généralement "Stay free" avant de signer. Il s'éteint à 28 ans à Londres le 18 septembre 1970, selon la version officielle, « étouffé suite à une intoxication par somnifères ». 

En seulement 4 ans, Jimi Hendrix, un autodidacte gaucher mais agile et inventif, avec une approche spectaculaire de la scène et une recherche sonore expérimentale, est devenu un musicien mythique et a créé un style qui a révolutionné l’expression artistique et la technique de la guitare, en transcendant un blues originel et le rock en un style propre, où s'entrecroisent "douleur et jubilation, rage et sensualité, sexe et spiritualité" annonçant les évolutions psychédéliques, le jazz-rock, le hard rock, heavy metal ou fusion des décennies futures et laissant place à un héritage sans cesse grandissant.

 

 

Qui dit Hendrix, dit aussi effets acoustiques. Il en utilisait plusieurs qu'il maniait avec précision et justesse tant sur sa guitare, qu'au mixage en studio. La liste n'est pas exhaustive, mais en voici quelques exemples:

La “reverbération” permet de donner un effet d’espace au son et aide à tenir les notes en leur conférant une perception moins "sèche".
La réverbération simule une composante sonore qui résulte des réflexions du son sur les murs environnants d'une pièce. C'est donc un effet simulateur d'espace plus ou moins grand (de la chambre à la cathédrale) selon le nombre de réflexions sonores et le temps qu'elles mettent à parvenir à l'auditeur, lequel entend le signal direct ou "sec" et le son réverbéré. Le son direct atteint rapidement l'auditeur et le signal réverbéré est plus long. La réverbération est en général créée à partir d'un amalgame complexe d'échos plutôt appelés "réflexions", rendant l'effet homogène et diffus. Exemple sur la guitare dans Voodoo Child  ou sur la voix pendant ce chorus de Purple Haze

Le "delay": Souvent appelé écho, c'est un effet qui répète à intervalles réguliers le signal qu'on lui soumet. Le nombre et la fréquence des répétitions sont paramétrables.
Selon les réglages, il peut faire office de simili réverb, ou permettre de bâtir un canevas rythmique complexe, ou plus simplement renforcer la présence d'un instrument, comme par exemple (ajouté à de la reverb) dans le solo de All along the watchtower
 . Autre exemple plus flagrant dans If 6 was 9.

La "distorsion": D’abord uniquement réalisable par la saturation de l’amplification en mettant le volume à très haut niveau, ce qui causait bien des problèmes avec le voisinage, puis avec un boîtier commutable avec le pied, la "fuzz face", la distorsion est un des éléments clé de l’amplification de la guitare électrique. Elle appuie la dynamique du jeu tout en lui donnant un son saturé et agressif. La "fuzz" (effet de type overdrive avec renforcement de fréquences extrêmes graves et aigues) a été réalisée spécialement pour Jimi Hendrix par Roger Mayer, un ingénieur au service de la Royal Navy. Cf: intro de Purple Haze .

Le “wah-wah” (pédale de contrôle du filtre grave-aigu). Elle permet un contrôle subtil de la tonalité de la note que l’on est en train de jouer. Elle permet des effets rythmiques en l’actionnant selon un rythme correspondant au morceau. Exemple dans un solo de "All along the watchtower". Autre exemple: le début de Voodoo Child .

L’effet "octavia" : pédale qui permet de doubler à l’octave inférieure ou supérieure toute note jouée. Cet effet a été inventé en 1967 par l’électronicien Roger Mayer pour Hendrix. Il s’agit d’une distorsion qui amplifie considérablement les premiers harmoniques du spectre, en particulier l’octave. Lors de l'enregistrement de "Purple Haze", Roger Mayer ajoute l'octavia au solo saturé de guitare
.


La pédale "Uni Vibe" : Technologie acquise quelques jours avant le festival de Woodstock qui donne à son interprétation de "Star spangled banner" les sonorités riches et vibrantes

Le “larsen” ou "feedback": Lorsque le son de l’amplification est repris par les micros de la guitare, il se retransmet à l’amplificateur et crée une boucle sonore dont l’effet est un (ou plusieurs) sifflement(s). Cet effet peut être contrôlé suivant l’angle et la distance entre la guitare et l’amplificateur, et suivant la (les) note(s) qu'on joue.

Le "phasing": Réinjection du signal avec variation de phase. Effet obtenu en superposant un même signal et en le décalant de quelques millisecondes. L'effet du déphasage amplifie certaines fréquences alors que d'autres s'annulent, donnant l'impression d'un son tournant. Le phasing est utilisé notamment par les pianistes, bassiste et guitaristes

Le "panoramique": effet stéréophonique utilisé plutôt en fin de mixage en studio qui permet de contrôler la position du son entre le haut-parleur gauche et le haut-parleur droit. Doublé d'un effet de phase, on obtient un espace sonore en 3 dimensions: le son peut sembler aller de gauche à droite, devant derrière, au dessus ou au dessous de l'auditeur. C'est cet effet stéréophonique, voire tridimensionnel que Jimi Hendrix recherche dans Voodoo Child

Le "feedback": lorsque le son en provenance du haut-parleur est assez fort, il peut faire vibrer les cordes de la guitare qui, toujours amplifiée, produit une boucle sonore, l'effet de Larsen, du nom du physicien qui l'a mis en évidence. Avant les années 1960, ce phénomène est considéré comme nuisible, mais Jimi Hendrix l'utilise pour élargir la palette de leurs effets : il rapproche alors  les micros de sa guitare vers l'ampli pour lui arracher des sons stridents qu'ils tentent de moduler.

Le “bending”: pousser (ou tirer) la corde sur le manche pour faire monter le son (image de gauche). Cela peut aller du petit vibrato à un gros effet suivant la force avec laquelle on pousse la (les) corde(s). Et comme on ne peut pas faire descendre le son on a inventé le vibrato mécanique.
Le vibrato mécanique: pièce ajoutée au chevalet de la guitare qui devient mobile pour détendre (plus rarement tendre) les cordes, afin d’en abaisser la tonalité. Il peut être utilisé subtilement dans un phrasé, ou, avec un son saturé, pour créer des cris ou des explosions dramatiques.

Certains amplificateurs d'aujourd'hui offrent des effets incorporés, comme la réverbération, mais des techniciens, à l'instar de Roger Mayer pour Jimi Hendrix, ont mis au point
des pédales d'effets permettant de moduler le signal de la guitare avant de l'amplifier.
Jimi Hendrix a contribué à la recherche de ces nouveaux effets sonores qu'il associe presque toujours à une Fender Stratocaster.
De plus, il joue en gaucher sur des guitares de droitier qu’il retourne et dont il inverse les cordes, ce qui lui donne un timbre et un style caractéristique.

Le style guitaristique de Jimi Hendrix est marqué par cette quête d’innovations au niveau du timbre et par une façon de jouer de la guitare complètement révolutionnaire aux yeux et aux oreilles des européens. Jeune homme très doux et délicat, il devient une véritable bête de scène lorsqu'il se donne en spectacle : il exploite des gimmicks et des mimiques spectaculaires qu’il a appris d’autres bluesmen (Charley Patton, T-Bone Walker, Elvis Presley, Chuck Berry, Little Richard, ...) et qu’il s’est appropriés, comme le fait de jouer de la guitare derrière le dos, la tête, entre les jambes ou avec les dents.

"Dans la logique métaphorique de Jimi Hendrix, la destruction d'une guitare symbolisait l'anéantissement d'une partie de soi-même pour mieux renaître, à l'image d'une chrysalide..."

 

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 14/05/2008

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